La première fois
La première fois que j’ai joué sur scène les lumières m’ont éblouie au point que je suis restée devant le public sans pouvoir dire un mot plongeant toute la salle dans le silence de celui qui vient après que la pluie ait battu le pavé sous la tole du toit au dessus de ma chambre la nuit avant de m’endormir et pourtant je suis là devant cette salle noire et moi sur la scène avec ce projecteurs qui me condamne à dire quelque chose je reste pétrifiée parce qu’aucun son ne sort et que j’ai peur et j’entends d’autres bruits qui se sont frayés un chemin comme la minuterie derrière les coulisses qui bat aussi fort que mon cœur encore écrasé sous ce poids de la crainte de mourir sous les huées d’une assistance qui pourrait et serait en droit de se révolter contre mon texte si mal joué et mal interprété et obnubilée par ces pensées qui m’emprisonne j’en vins à force tic tic à me dire que je ne joue plus pour moi mais pour eux et que je dois prendre la parole pour eux et que je dois démarrer et me lancer et me détendre et que tout à coup emportée et raisonnée je me mets à hurler à ce public cheri qui retient son souffle et s’interroge mais reste encore persuadé que c’est la tout le spectacle à ce public j’entonne ma tirade qui va là, ne t’en vas pas reste avec moi et jouons ce pas de deux ensemble.